Faire grandir la fragile flamme du dialogue
Numéro 1
Sommaire
L’édito de Jamal Amiar
Le débat de la semaine
Revue de presse
L’avenir n’est écrit nulle-part
Tribune libre
C’est avec un mélange de bonheur, de gravité et d’espoir que je rédige l’éditorial de cette première lettre d’information de Shalom Salam.
Mon engagement dans ce groupe de dialogue est la conséquence logique de ce que je suis, un Marocain, citoyen du seul pays arabe qui reconnait dans sa Constitution le judaïsme comme partie intégrante de son identité. Et en cohérence avec ce que je fais : mon travail de journaliste et d’historien, consacré avec passion au judaïsme au Maroc et à l’action diplomatique de mon pays au Proche-Orient où nous cultivons une double amitié avec les Israéliens et les Palestiniens.
C’est vrai, nous avons connu des temps plus faciles…
Les massacres du 7-Octobre suivis des brutales représailles israéliennes contre Gaza et ses habitants, ont amplement détérioré les relations entre Israéliens et Palestiniens, après 100 ans d’une guerre dont je suis cependant persuadé qu’elle ne sera pas sans fin.
Certes, des deux côtés, en Israël et en Cisjordanie les niveaux d’hostilité et de méfiance des opinions publiques oscillent entre 75 et 85% (Pew Research Center). Mes deux derniers séjours à Tel Aviv et à Jérusalem en avril et en novembre 2025, m’ont permis de constater le raidissement de mes interlocuteurs israéliens -mais pas tous non plus, loin de là- sur la solution à 2 Etats, là où du côté palestinien les élites semblent se positionner plus au centre avec une reconnaissance sans ambiguïté d’un futur et d’un territoire à partager, de voies de coopération et de partenariat à explorer.
Dans ce contexte, il nous revient à Shalom Salam de faire connaitre les groupes et personnalités israéliens et palestiniens qui travaillent ensemble, avec une énergie renouvelée depuis le funeste 7 octobre 2023 : la coalition Time is Now et les cadres d’ALLMEP ; Standing Together ; les duos Ehud Olmert et Nasser al-Qidwa, Yossi Beilin et Hiba Husseini, Maoz Inon et Aziz Abu Sara, Gershon Baskin et Samer Sinijlawi.
Les deux derniers évènements auxquels j’ai participé fin novembre avec Shalom Salam en « présentiel » à Jérusalem, et par vidéo-conférence avec l’ancien ministre palestinien résidant à Hébron Anwar Abu Eisheh, ont mis en relief la réalité des liens judéo-arabes en Israël-Palestine et ailleurs dans le monde, notamment au Maroc.
Après deux ans d’une guerre épouvantable pour tous, ce n’est pas rien !
Malgré la violence de tous ceux qui, de part et d’autre -et ils sont nombreux, puissants et bruyants!- soufflent sur les braises de la haine contre toute idée de compromis, nous ferons grandir la fragile flamme du dialogue, de la connaissance mutuelle, du respect de l’autre et de la paix.
Jamal Amiar | jamal-amiar.com/
Nous croyons au débat constructif et à l’importance d’entendre votre voix.
Chaque semaine, à travers cette tribune libre nous recueillerons vos opinions sur un sujet proposé par notre rédaction. Participez à la discussion en envoyant votre texte par email à : shalomsalamjaffa@gmail.com
Pour garantir un échange respectueux et lisible :
Respect et Civilité : Aucune attaque personnelle, invective, ou insulte.
Concision et Clarté : Limitez votre réponse à une demi-page A4 (environ 250-300 mots) pour que nous puissions publier un maximum de voix.
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Le Sujet de la Semaine : Manuels Scolaires - Miroir ou Moteur du Conflit ?
Le contenu des manuels scolaires est au cœur des débats sur l’éducation et la paix.
Alors qu’il est souvent reproché aux manuels scolaires palestiniens d’enseigner la haine des Israéliens et des Juifs, nous vous proposons d’évoquer la proposition d’Anwar Abu Eisheh (ancien ministre de la culture de l’Autorité Palestinienne) dans notre dernier webinaire : la constitution d’une commission paritaire pour évaluer le contenu des manuels scolaires palestiniens… et israéliens.
Pensez-vous qu’une telle commission puisse aider à déconstruire les narratifs de haine et préparer les futures générations à la paix ?
Vos réponses (envoyées à shalomsalamjaffa@gmail.com) serons publiées dans notre newsletter de la semaine prochaine.
New York Times | Lien vers l’article | Payant
Bien qu’affaibli, le Hamas maintient sa domination sur Gaza et se reconstruit jour après jour
Netanyahou avait promis de « sauver tous les otages » et surtout « d’éradiquer le Hamas ». Résultat : après deux ans de guerre et de souffrances, des deux côtés, 85 otages sur 250 sont morts et le Hamas… maintient partiellement son emprise sur Gaza en ruines. Un désastre pour les Israéliens, morts au combat, et pour les Palestiniens qui continuent de subir le joug des islamistes. Récit édifiant dans le New York Times sous la plume du journaliste Adam Rasgon. L’article étant réservé aux abonnés, nous en publions le résumé ci-dessous :
Malgré les lourdes pertes subies durant la guerre, le Hamas a rapidement réaffirmé son autorité à Gaza après le cessez-le-feu et le retrait partiel israélien. Le groupe a réinstallé ses forces de police, exécuté des rivaux et commencé à percevoir des taxes sur les importations, démontrant qu’il « a été durement frappé, mais n’a pas été vaincu. Il est toujours debout » comme l’a noté Shalom Ben Hanan, ancien haut responsable du Shin Bet.
Selon les services de sécurité israéliens, le Hamas conserverait environ 20.000 combattants et la majorité de son réseau de tunnels souterrains reste intacte. Le groupe continue de gérer les services de sécurité et cherche à rassurer le public, même si les résidents « peuvent sentir leur présence, mais ils apparaissent aussi plus faibles que par le passé, » d’après Nidal Kuhail, un habitant de la ville de Gaza. Cette résurgence met en péril le plan de reconstruction de l’administration Trump, qui exige la démilitarisation complète de l’enclave.
Le Hamas, inflexible, affirme que le désarmement, ne peut être envisagé que dans le cadre de « discussions sérieuses sur un retrait israélien complet, l’arrêt total des opérations militaires et la création d’un État palestinien ».
Face à cette situation, les responsables israéliens craignent que cette consolidation quotidienne ne rende de plus en plus difficile l’établissement d’une alternative viable. Le Premier ministre Benyamin Netanyahou a averti que Gaza « sera démilitarisée et le Hamas sera désarmé, d’une manière ou d’une autre ».
Marianne | Lien vers l’article | Offert par la rédaction de Marianne
Naama Lazimi, députée israélienne : “Le 7 octobre a révélé une faillite morale et politique : il faut reconstruire autrement”
Vidéo : Naama Lazimi a défié Benyamin Netanyahou lors d’une allocution à la Knesset (le parlement israélien)
Dans un paysage politique israélien où la gauche demeure largement dominée par des figures ashkénazes, Naama Lazimi, juive d’origine marocaine de 39 ans, issue de la ville périphérique de Migdal HaEmek, occupe une place singulière. Élue du parti les Démocrates (ex-parti Travailliste), séfarade, féministe, elle tranche avec un monde politique où les voix issues du pays profond sont rares – et plus encore lorsqu’elles refusent de s’aligner derrière Benyamin Netanyahou, traditionnellement soutenu par une partie de l’électorat séfarade.
Lire l’interview offerte par la rédaction de Marianne
Haaretz | Lien vers l’article | Payant
Analyse : Les électeurs arabes sont la clé pour qu’Israël évince Netanyahou. Les partis d’opposition sont fous de les rejeter
L’article analyse l’impasse politique actuelle en Israël, soulignant que bien que le gouvernement de Benjamin Netanyahou soit impopulaire dans les sondages, l’opposition sioniste échoue à construire une alternative viable car elle refuse d’inclure les partis arabes dans une future coalition. L’auteure, Dahlia Scheindlin, qualifie cette exclusion d’erreur stratégique majeure : sans les partis arabes (qui représentent environ 10 sièges), l’opposition peine à atteindre une majorité stable, alors qu’une alliance avec eux permettrait de renverser Netanyahou et de former un gouvernement solide de 63 à 70 sièges (sur 120 ndlr).
Paradoxalement, alors que les partis juifs d’opposition hésitent, la population arabe israélienne exprime un fort désir d’intégration politique. Un sondage récent cité dans l’article révèle que 77 % des citoyens arabes sont favorables à ce que leurs partis rejoignent une coalition gouvernementale, un chiffre en hausse. Cette volonté de participation institutionnelle persiste malgré le contexte difficile de la guerre à Gaza, la violence interne au sein des communautés arabes et les tentatives du gouvernement actuel de les marginaliser via des coupes budgétaires et des lois discriminatoires.
L’auteure conclut que l’inclusion des partis arabes est une nécessité qui dépasse le simple calcul électoral pour évincer Netanyahou. Face à un gouvernement d’extrême droite qui menace les droits civiques, la réponse de la minorité arabe n’est ni le boycott ni la rébellion, mais la demande de partenariat. Accepter cette main tendue est essentiel non seulement pour la survie politique de l’opposition, mais aussi pour préserver le tissu social démocratique d’Israël et potentiellement orienter le pays vers la fin de la guerre.
Arte TV | Français | Gratuit
Samaritains : Ni Juifs ni Musulmans
Un voyage hors du temps, avec ARTE, à la découverte des Samaritains.
Dans ce très beau reportage de Gaël Turine, diffusé en 2022, ARTE nous fait découvrir cette toute petite communauté atypique vivant à la fois en Israël et en Cisjordanie. Ils sont les derniers témoins du schisme qui divisa les Hébreux il y a près de 3000 ans à la mort du roi Salomon, fils du roi David: entre un royaume du sud, Juda, ayant Jérusalem comme capitale, et au nord, Israël avec Samarie comme capitale.
En -722, les Assyriens assiégèrent le Nord, prirent Samarie, déportèrent une partie de la population, et installèrent des colons. En -587 ce fut le tour de Jérusalem, assiégé par les Babyloniens, qui détruisirent le temple et déportèrent la population. En -538 l’édit de Cyrus, roi de Perse, permit aux Juifs de revenir à Jérusalem et de reconstruire le temple. Les Samaritains, eux, vers -330 construisirent sur le Mont Gerizim, leur propre temple qui ne fut jamais reconnu par Jérusalem. Ce schisme transparaît dans l’évangile de Jean avec la rencontre entre Jésus et la Samaritaine au puits de Jacob : ”Nos pères ont adoré Dieu sur cette montagne, et vous, vous dites que le lieu où il faut adorer est à Jérusalem” Jean 4,20. Par la suite les deux temples seront détruits, et Juifs et Samaritains se réfèreront à des versions proches mais un peu différentes de la Torah.
Politique Internationale | Lien vers l’article | Gratuit avec inscription
Paroles d’un sage - Entretien avec Elie Wiesel
Dans cette rubrique, nous exhumerons chaque semaine une archive, tirée d’un journal ou d’une revue voire un extrait TV.
Cette semaine, nous publions une interview d’Elie Wiesel, l’écrivain et philosophe juif, rescapé des camps de la mort et Prix Nobel de la Paix en 1986. Une voix engagée en faveur des droits de l’Homme, de la Démocratie et d’Israël mais aussi pleine de sagesse. Ces propos ont été recueillis en 2008 par la revue Politique Internationale que nous remercions chaleureusement pour son partenariat avec Shalom Salam.
En lisant Elie Wiesel, puis d’autres grands personnages les semaines suivantes, vous constaterez à quel point leurs jugements ont parfois été confortés ou démentis par la suite. Car s’il est difficile de comprendre le présent, il est impossible de prévoir l’avenir.
Vous souhaitez vous exprimer différemment ? Chaque semaine, nous vous offrons l’opportunité de participer de manière plus originale en partageant vos créations personnelles. Que ce soit un poème percutant, un pamphlet engagé, une photo évocatrice, une vidéo courte ou toute autre œuvre artistique de votre cru, cet espace vous est dédié.
Seule condition : la création doit être entièrement la vôtre et envoyée à l’adresse de participation habituelle. Laissez libre cours à votre inspiration !




